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Camarades, je veux vous appeler ainsi même si je sais, que vous n'employez plus ces belles paroles

Camarades, je veux vous appeler ainsi même si je sais, que vous n'employez plus ces belles paroles

Camarades,
Et je veux vous appeler ainsi même si je sais
que vous n'employez plus ces belles paroles.
Mais pour moi vous êtes toujours des camarades.
Vous, exploités, miséreux, humiliés, offensés,
bref, vous prolétaires de tous les pays,
qui, un beau jour, deviez vous unir pour briser vos chaînes.
Mes très chers camarades,
permettez moi de me présenter.
Je ne suis pas un des vôtres,
je ne suis pas un camarade.
Moi, je suis un patron.
Ou, plus précisément,
je suis un représentant de la classe dominante, comme le disait Marx,
un représentant de la classe hégémonique, comme le soutenait Gramsci.
Dominante, hégémonique, camarades, ces termes me plaisent.
Combien est plus agréable n'est-ce pas, plus scientifique,
le binôme hégémonie/subalternité, à coté de esclave/patron,
qui, avouons le, fait quelque peu horreur.
N'est-il pas plus ludique, plus rebondissant,
le binôme dominant/dominé n'est-ce pas ?
Dominant/dominée.
Qui semble vouloir dire, d'un clin d’œil,
« moi je suis au-dessus, et hop, toi tu es en-dessous »
Dominant/dominé, ces termes camarades,
sont beaucoup plus beaux que bourreau et victime.
Camarades,
je suis venu vous parler honnêtement,
avec des paroles franches, sincères, honnêtes et directes :
nous avons tout appris de vous !
Nous vous avons exploité pendant des siècles,
nous vous avons enseigné à respecter la propriété privée
en vous convainquant que la terre nous appartenait,
en vous imposant de nous offrir la moitié de vos récoltes,
alors qu'en réalité c'est nous qui vous volions la moitié de vos peines,
Un jour,
nous vous avons extirpés de vos champs et de vos ateliers
pour vous amasser les uns sur les autres dans des usines.
Et ce jour là, camarades, ce jour là,
vous avez pris conscience et vous vous êtes rebellés.
Il vous aura fallu deux siècles, c'est vrai,
mais au final, et c'est ça qu'il faut retenir, camarades,
vous y êtes arrivés. Bravo !
A présent, nous pouvons vous le dire :
nous aussi, à votre place, dans les mêmes conditions,
bien sur, nous l'aurions fait.
Vous nous avez expliqué qu'avant,
vous étiez comme les miettes sur la table débarrassée
et que c'est précisément nous qui vous avons unis
comme les cinq doigts d'un poing.
C'est en usine, camarades, que vous avez acquis
une « conscience de classe » !
« Conscience de classe » camarades, c'est un très beau mot.
Et c'est vous qui nous l'avez appris !
Alors nous avons mis à votre disposition, des machines énormes, coûteuses,
des machines que vous n'auriez jamais pu vous offrir en une vie de travail,
des machines sur lesquels vous deviez opérer
en appuyant sur un petit bouton,
en tournant une manivelle, en levant une manette,
en appuyant sur un autre bouton,
un bleu, un rouge, un jaune,
bref, un travail de singe savant.
Et vous, au lieu de nous remercier, vous vous êtes énervés,
vous nous avez dit que c'était répétitif et infantilisant,
que ce n'était plus la machine qui servait l'ouvrier
mais bien l'ouvrier qui servait la machine,
que vous étiez entrain de semi-fabriquer un produit semi-fini,
et vous ne saviez plus, au final, si ce tube, que vous aviez fabriqué,
serait devenu un canon de fusil ou bien la décharge des chiottes.
Et tout cela, camarades, vous l'avez appelé « aliénation » !
« Aliénation » camarades, c'est un mot exceptionnel.
Et c'est vous qui nous l'avez appris !
Il m'évoque ces beau films, en noir et blanc,
des fabuleuses années soixante.
L'aliénation...
Alors nous vous avons concédé quelques droits.
Nous vous avons offert la démocratie,
la possibilité de voter... pour nous.
Et vous, au lieu de nous remercier, vous vous êtes énervés,
vous nous avez ri à la figure, en disant
que c'était seulement des réformes « super-structurelles ».
Vous nous avez expliqué que, dans un système capitaliste,
les relations, qui déterminent le degré de liberté d'un peuple,
sont basées sur l'argent, comme dans les relations au travail.
Donc vous prétendiez avoir des droits, mais des droits à l'usine.
« Structure » camarades, « super-structure »,
ce sont des mots fascinants.
Et c'est vous qui nous les avez appris !
Merci !
Alors nous vous avons fait construire quelques pistes cyclables,
des plaines de jeux, des habitations à loyer modéré,
des parcs pour marcher, danser, courir, jouer au football.
Et vous nous avez ri à la figure.
Vous nous avez dit que nous étions paternalistes.
Vous nous avez dit que les relations entre classes
sont essentiellement un conflit.
Et ce conflit, camarades,
vous l'avez appelé « lutte de classes » !
« Lutte de classes » c'est un mot à vous.
Nous l'avons appris de vous.
Merci !
Camarades, vraiment,
face à cette extraordinaire capacité qui est vôtre,
nous nous en venons à nous demander :
mais pourquoi ce n'est pas vous qui êtes au gouvernement ?
Vous camarades !
Vous nous avez déçus !
Nous avions le droit de nous défendre, camarades,
mais vous aviez le devoir de nous combattre.
Pourquoi vous êtes vous rendus ?
Si nous avions su que vous étiez si faibles,
jamais nous ne vous aurions frappé si fort, camarades.
Aujourd'hui vos représentants
ne ressemblent plus du tout aux camarades qui les ont précédé.
Aujourd'hui vos représentants sont tellement habitués
à nous voir gouverner, nous les patrons,
qu'ils pensent que pour entrer dans leur propre gouvernement
il faut être comme nous. Alors ils nous singent.
Ceux-là même qui voulaient faire la révolution, donner le pouvoir au peuple,
aujourd'hui, ils acceptent que les gouvernements
soient pilotés par des banques,
des lobbys internationaux, des multinationales,
bref par des patrons inconnus qui n'ont été élus par aucun citoyen.
Camarades, vous n'avez pas seulement abandonné le communisme,
mais vous n'en avez plus rien à foutre de la démocratie.
Ceux-là même, qui voulaient l'abolition de la propriété privée,
aujourd'hui ils voudraient tout privatiser, ils demandent des libéralisations.
Pour ne pas parler de vos camarades chinois qui ont mis ensemble
les deux choses que vous détestiez le plus :
le capitalisme et la dictature !
Camarades, vous nous avez déçus !
Je n'arrive presque pas à imaginer, camarades,
quel pays extraordinaire aurait pu être le vôtre
si vous aviez gouverné pour un temps, vous,
avec vos grandes idées de liberté, d'égalité,
avec votre utopie merveilleuse.
Si le premier ministre, camarades, avait été un des vôtres,
si le premier ministre avait été, je ne sais pas, disons Karl Marx.
Non pas Karl Marx !
Oublions Karl Marx...
Bakounine.
Non pas Bakounine !
Gramsci.
Vous connaissez Gramsci, n'est-ce pas ?
Cet italien qui, à deux ans, a eu la colonne vertébrale
déformée par une tuberculose osseuse.
Et pourtant, à onze ans il travaillait déjà
dix heures par jour pour gagner un kilo de pain.
Et à cause de cette maladie Gramsci ne mesurait
qu'un mètre cinquante mais, c'était un géant !
Et malgré qu'il provenait d'une famille très très pauvre, en Sardaigne,
Gramsci a réussi à obtenir une bourse d'étude
pour aller étudier à l'université de Turin.
Et là-bas il vécu dans des conditions encore plus misérables,
parce que, la nuit, il devait étudier en marchant dans sa chambre,
en tournant en rond, pour éviter que ses pieds gèlent.
Gramsci a eu le temps de fonder le parti communiste italien,
de tenir son premier et unique discours au parlement,
et puis il fut emprisonné, à trente-six ans.
Et pendant les dix ans d'enfermement qui l'ont amené jusqu'à sa mort,
Gramsci a renouvelé la pensée socialiste.
Et, malgré qu'il retrouva la liberté cinq jours avant sa mort,
c'est Gramsci lui-même qui nous dit que :
« face au pessimisme de la raison,
il faut opposer l'optimisme de la volonté ».
Gramsci, camarades.
Si Gramsci avait été votre premier ministre,
je suis persuadé qu'il aurait fait
une toute autre équipe gouvernementale.
Gramsci aurait pris un travailleur précaire
et il l'aurait nommé ministre du travail.
Gramsci aurait fait comme ça !
Il aurait pris un poète
et il l'aurait nommé ministre de la culture.
Gramsci aurait fait comme ça !
Pas un baron universitaire.
Un poète ministre de la culture.
Gramsci aurait fait comme ça !
Il serait allé trouver un paysan, humilié.
Un qui dépense sept centimes pour produire un kilo de carotte
quand le grossiste lui en paye la moitié pour le revendre à un prix
vingt fois, trente fois, quarante fois supérieur.
Il serait allé trouver ce paysan humilié là,
il lui aurait proposé le poste de ministre de l'agriculture.
Gramsci aurait fait comme ça !
Il aurait appelé la mère de Carlo Giuliani
ou n'importe qui, qui un jour a vu
son père, son frère, son fils, sortir de la maison
et y revenir mort pour avoir rencontré les forces de l'ordre.
Il aurait appelé cette dame et il lui aurait proposé
le poste de ministre de la justice.
Une dame qui connaît la justice
pour avoir rencontré l'injustice.
Gramsci aurait fait comme ça !
Pensez un peu à un pacifiste.
Disons un cardio-chirurgien par exemple.
Un cardio-chirurgien qui refuse d'aller gagner des millions,
dans une clinique en Suisse, à Lausanne,
et décide d'aller opérer des enfants en Afrique.
Pensez si ce pacifiste devenait, tout à coup, ministre de la défense.
Un pacifiste ministre de la défense, camarades.
Et pas un général de l'armée de quatre-vingt-trois ans,
comme ça se voit dans plusieurs pays.
Un pacifiste ministre de la défense.
Camarades, un général de l'armée ministre de la défense,
c'est un peu comme un pyromane commandant des pompiers.
Gramsci aurait fait comme ça !
Il aurait pensé à un immigré, pris à coup de machette au Rwanda,
déporté au Congo, emprisonné en Libye.
Un qui serait arrivé en Sicile sur un rafiot,
et qui, là-bas, en Sicile, aurait encore subit
dix-huit mois d'enfermement dans un centre fermé.
Il aurait pensé à cet immigré rwandais là
pour devenir notre ministre des affaires étrangères.
A la place d'un aristocrate ambassadeur.
Et il aurait représenté notre pays aux Nations-Unis.
Gramsci aurait fait comme ça !
Ah oui ! A vrai dire, je pense que, si même n'importe quel balayeur, de la grand place de Bruxelles, devenait, tout à coup, ministre du tourisme, camarades, ce serait inévitablement un pays meilleur.
Mais voilà, au gouvernement,
ce n'est pas vous qui y êtes,
c'est nous qui y sommes !
Et vous, vous ne semblez pas seulement docile à notre égard,
en même temps vous semblez heureux, vous nous enviez,
vous nous estimez, au lieu de nous haïr et de nous contrer.
Camarades.
Il y a quelques années commencèrent à arriver,
dans ce pays, de nombreux étrangers.
Nous avons pris peur, nous croyons qu'ensemble
vous vous seriez armés contre nous.
Et au lieu de ça, vous, classe subalterne,
vous avez été les premiers à vous ruer contre eux.
Camarades.
Nous, nous croyons que le prolétariat
se serait évidemment uni au sous-prolétariat,
et qu'ensemble ils auraient tenté de frapper la bourgeoisie.
Et, au lieu de ça, le prolétariat s'est embourgeoisé
et nous a demandé un petit coup de main
pour combattre le sous-prolétariat.
Quelle déception, camarades...
Mais, nous ne vous laisserons pas seuls, avec votre ignorance
et votre absurde haine de classe au regard des plus faibles.
Et nous vous aiderons à combattre ces miséreux,
avec les mêmes instruments que nous avons utilisé contre vous.
Arrêtez, arrêtez, arrêtez de les pointer du doigt,
de les stigmatiser, de les ratonner dans la rue,
arrêtez, vous n'obtiendrait rien de cette manière.
Offrez leur un téléphone portable, camarades, deux téléphones portables,
une connexion internet avec téléchargement illimité, un lave vaisselle,
une machine à laver, la possibilité de faire un prêt,
pour acheter une petite maison,
pour acheter une petite voiture utilitaire.
Camarades, vous les vaincrez par l'illusion.
Pour combattre et domestiquer les pauvres
il faut leur faire croire qu'ils sont riches.
C'est comme ça que nous avons fait pour vous apprivoiser.
Camarades, je le dis toujours à ma servitude,
parce que je pense qu’aujourd’hui un bon patron
doit se comporter avec beaucoup de classe,
d'élégance et de gentillesse, en ces temps modernes.
C'est pourquoi, je le dis toujours à mes serfs :
pour vous la mettre, et avec tout le respect que je vous dois,
dans le cul, il est inutile d'être mal élevé,
il suffit d'un peu de patience, camarades,
et de deux doigts de vaseline.
Et si un jour, camarades, des Martiens devaient arriver,
espérons qu'ils soient plus furieux et plus sérieux que vous.
Et espérons qu'ils nous la fassent, eux, votre grande,
belle, merveilleuse, extraordinaire révolution.
Celle, à laquelle vous ne rêvez même plus.
Discours à la Nation – Ascanio Celestini.
Si vous cherchez un endroit pour vous détendre, un Circuit Vietnam Cambodge peut vous intéresser. Pour en savoir plus: Ho Chi Minh Phnom Penh bateau

Commémoration de Charles Maurras, le retrait ne suffit pas

Commémoration de Charles Maurras, le retrait ne suffit pas Commémoration de Charles Maurras, le retrait ne suffit pas. Par Nad Iam."La ministre souhaite qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans sa position et rappelle son rejet total des thèses et de l'engagement de Maurras". Communiqué du Ministère de la Culture, 27 janvier 2018.Le rappel suscite un certain soulagement. Après l’inscription du leader intellectuel de l’extrême-droite antisémite française dans la liste des commémorations nationales, la parole de l’État sur le sujet était...Đọc tiếp