Page d accueil

Spécialiste des nouvelles & commentaires

« Égologie - Écologie, individualisme et course au bonheur », écrit par Aude Vidal et publié en octobre 2017 est un assez bon petit livre qui...

« Égologie - Écologie, individualisme et course au bonheur », écrit par Aude Vidal et publié en octobre 2017 est un assez bon petit livre qui propose une critique de l’écocitoyenneté, du colibrisme, de la nouvelle tendance du « développement personnel » (et d’autres choses encore). Pour vous donner rapidement une idée, un petit extrait du début du bouquin :
➡« Pour changer dès aujourd’hui, il faut se satisfaire de changer ce qui peut l’être, son entourage immédiat ou tout simplement soi-même. Les « alternatives » écologiques, attachées à recréer des liens, se déclinent aussi au singulier.
Dans « Sacrée croissance ! », « François Hollande, qui avait soudain compris l’absurdité mortifère d’une course après l’“Arlésienne de la croissance” », contribue à la réalisation d’« alternatives » écologistes. L’imaginaire alternatif est souvent plus méfiant que cela envers la sphère politique (les institutions où règnent des représentants élus. Celle-ci est invitée à suivre mais ce sont les acteurs et actrices de terrain qui inventent, impulsent. Le relatif dédain pour la politique va de pair avec l’espoir de voir les expérimentations alter-écolos se diffuser dans la société par la force de leur exemplarité, en étant reprises par d’autres initiatives « citoyennes » mais aussi en inspirant les politiques publiques — sans que les autorités cèdent trop au greenwashing et à la récupération. Un changement sans conflictualité, qui repose sur la conviction que ces « alternatives » sont désirables par tous. « Leur reproduction à plus grande échelle leur permettra peut-être d’atteindre une masse critique susceptible de peser sur les choix collectifs », nous explique l’auteure d’ « Un million de révolutions tranquilles », Bénédicte Manier. Les « alternatives» fonctionnent du bas vers le haut, bottom up. L’expression est un peu trop marquée par le monde de l’entreprise pour être couramment employée dans les milieux alter-écolo mais elle se trouve dans les pages d’ « Un million de révolutions tranquilles », entre les autres tropes que sont la « réappropriation » (du monde, de son environnement, de son lieu de vie), l’« intelligence collective » et l’ « innovation » (sociale). La société civile expérimente, teste, invente, à la manière des secteurs les plus dynamiques de l’économie. Une fois les plâtres essuyés, des entrepreneurs monétisent un modèle déjà rodé. Agir sans attendre pour que les choses bougent, c’est provoquer des « révolutions » mais joyeuses, « douces », des « vélorutions » ludiques qui actent la dispari¬tion des révolutions politiques. De la Commune aux communs, en somme. Les perspectives révolutionnaires paraissent trop éloignées, ce qui peut provoquer un sentiment d’accablement chez certains. L’idéologie alter-écolo leur propose des perspectives « révolutionnaires » à échelle humaine, dont il ne reste qu’un caractère positif un peu folklorique.
Ce bouillonnement d’initiatives ne semble néanmoins pas suffire pour répondre aux enjeux de l’époque. Les indicateurs environnementaux basculent dans le rouge plus vite que les clients des hypermarchés ne deviennent « consom’acteurs ». Même si les « alternatives » s’adressent à tous et ont pour objectif de changer le monde, elles peinent à dépasser la sphère individuelle, autour de laquelle elles tentent d’impulser le changement de l’ensemble de la société. Pire, les « petits gestes » qui ont été dans un premier temps proposés aux « éco-citoyens » par les acteurs associatifs sont devenus, repris par les autorités politiques ou les grandes entreprises, un moteur d’inertie. Ils témoignent autant d’une volonté de chacun de rassurer à peu de frais ses angoisses écologiques que de celle des institutions qui les promeuvent de faire oublier la toxicité de leurs activités ou leur incapacité à mener des politiques environnementales dignes de ce nom. Par exemple, pendant que le lobby des agriculteurs tarnais fait construire des retenues d’eau pour continuer à irriguer le maïs, une culture visiblement peu adaptée au climat local, nous sommes invités à ne plus laisser couler le robinet pendant notre brossage de dents. L’écart grandissant entre les injonctions adressées aux individus et les politiques anti-écologiques des acteurs dominants invite à considérer avec plus de circonspection la stratégie d’un changement qui part de l’individu et de ses choix. » ⬅
Par la suite, elle explique assez bien en quoi le développement personnel est souvent synonyme de dépolitisation. Comment il peut engendrer un phénomène de culpabilisation des moins privilégiés, des plus exploités (les anglais parlent de victim blaming). Comment la mode du DIY (Do It Yourself – Fais le toi-même) peut, loin d’encourager une autonomisation des individus ou des collectifs vis-à-vis de la société, renforcer leur dépendance envers la société technologique (lorsque les individus s’équipent de yaourtières, qu’ils s’outillent chez Casto, etc.). Comment la course au bonheur et au bien-être associée au développement personnel renforce le narcissisme (comment le « changer le monde commence par se changer soi-même » se limite parfois à un « s’occuper de soi-même pour se sentir bien dans un monde que l’on détruit » ou, au contraire de ce que suggérait Krishnamurti qui est assez à la mode dans ces milieux-là, à une adaptation réussie à une société malade, ce qui n’est pourtant pas, ainsi qu’il le rappelait, un signe de bonne santé mentale). Et comment, finalement, toute cette mouvance alter-écolo-bio-développement-personnel verse dans le soulagement de la digestion et du transit des plus riches et privilégiés, leur assure un certain bien-être, mais ne participe pas vraiment à améliorer le sort des plus pauvres, des non-humains, de la planète.
Un bon petit livre de 105 pages (malgré une écriture inclusive super chiante à lire) qui coûte 4 euros, à commander ici par exemple : http://www.gibertjoseph.com/egologie-ecologie-individualism…
07/03/2018
10 Commentaire:
Da Rt
06-02-2018, 21:48:12
Merci
Dali Milovanovic Rignault
07-02-2018, 02:27:30
C'est rigolo, je publie en mars un bouquin qui s'intitule "À moi ! Lorsque l'ego paraît : pour une egologie pratique". Mais dans "À moi !" l'auteure parle des egos mutilés que sont ceux des membres de nos sociétés séparatistes qui vendent aux parents l...
Melittis Melissophyllum
07-02-2018, 02:26:42
Référence prise. Merci Nicolas Casaux.
Guillaume Forcier
Guillaume Forcier
19-02-2018, 05:01:24
idem (y)
Basset Abbassi
07-02-2018, 15:51:15
oui enfin en même temps on voit mal comment parvenir à un changement dans des institutions collectives composées d'individus névrosés qui militent dans bien des cas pour fuir aussi la misère de leur propre vie. Je crois que c'est comme tout, ce n'est p...
Basset Abbassi
07-02-2018, 16:01:48
l'autre jour quand tu rappelais les critiques faciles qu'on entend en tant que personne engagée du genre mais tu roules encore en voiture à pétrole; j'avais envie de dire c'est l'hôpital qui se fout de la charité! toi qui est si prompt à critiquer les ...
Nicolas Casaux
07-02-2018, 16:37:31
Tu devrais choper le livre en entier. Il y a bien plus de problèmes avec cette mouvance alter-écolo que ce que j'ai pu rapporter ou que ce que l'extrait suggère. Je pourrais te retourner plein de questions. Qu'est ce que bien vivre, de quel éthique tu...
Alfred Lupasco
Alfred Lupasco
08-02-2018, 19:33:06
Je vais me fendre d'un micro-post sur la page, spécialement pour toi, parce que quand même...
Benjamin Meaugé
07-02-2018, 17:14:10
Merci, vers chez moi je suis entouré de alterecolodevpersbio et je passe pour le violent pessimiste. Ras la courge de parler qu'à des gens comme ça.
Dali Milovanovic Rignault
07-02-2018, 17:54:32
Je trouve pour ma part que la critique fait saillir d'elle-même ce qui doit être fait. Le problème est que les gens veulent des solutions clés en main, ils n'ont pas envie de se sortir les doigts du cul, passez-moi l'expression, et de réfléchir, enfin....
Basset Abbassi
07-02-2018, 18:54:30
Et c'est pas la critique en soit qui me touche c'est le côté tranché noir ou blanc
Benoit Sa
07-02-2018, 20:44:10
L enfer est pavé de bonnes intentions ! Ce qu il faut comprendre c est que c est, de loin, pas les intentions qui comptent. Les intentions individuelles mènent à la déroute collective. Et aussi a la bonne conscience. Chouette j ai fait ma part. Ca ne c...

Envoyer commentaire

Votre nom et prénom *

Email *

Votre avis *

Nouvelles connexes